audit ergonomique

Trouver l’équilibre entre les besoins de l’utilisateur et les volontés du client

Vous avez tous eu un projet comme ça. Après des mois de travail avec l’équipe web du client qui consiste en un développeur web et un responsable marketing, le projet s’est apparemment bien passé. Le client est content et vous êtes content. Vous avez passé des mois d’études sur les utilisateurs, qui ils sont et quels sont leurs objectifs, et vous avez transformés les flux utilisateurs en des wireframes et des prototype fonctionnels. Les concepts sont devenus des designs, et vous êtes fiers de ce que vous avez créé.

Un dernier meeting reste à faire : un meeting avec le décisionnaire senior et son comité pour obtenir le bon à tirer sur le prototype. Le directeur arrive, s’assoie en bout de table, et tout de suite vous pouvez voir qu’il n’est pas content. Vos derniers designs sont dans ses mains, raturés des ses commentaires en rouge.

Le site ne correspond pas à ses attentes. Il a refait le wireframe de vos designs sur un bout de papier. Il a changé votre navigation, votre wording, votre agencement et vos couleurs. Il veut que vous alliez redesigner ses wireframes et représentiez un nouveau prototype.

Vous vous tournez vers vos « alliés », le responsable marketing et le développeur web, en attendant de l’aide, et vous vous rendez compte qu’ils ne font que regarder leur bloc note. C’est à vous de vous débrouiller…

Avant de commencer à défendre votre travail, prenez en compte le pour et le contre de la mise en pratique des demandes du directeur

Pourquoi écouter le directeur

Le directeur connait son business, et très probablement son industrie bien mieux que vous ne le ferez. Il vit pour cette entreprise depuis plusieurs années et a de très bonnes connaissances de ses clients et de la stratégie de l’entreprise. Il est également votre client, et paie pour ce projet et de potentiels futurs projets, donc d’un point de vue business, écouter ses opinions et le garder de bonne humeur pourrait aider à construire une relations durable qui mènera à d’autres projets.

Il faut aussi se demander si votre fierté ne vous dessert pas. Est-ce qu’un peu de rancœur vous empèche d’écouter des opinions différentes ? Ou peut-être que vous avez passé trop de temps sur ce projet, à se focaliser sur une seule solution sans penser aux alternatives ?

Pourquoi ne pas écouter le directeur

Il y a aussi beaucoup de bonnes raisons de ne pas écouter le directeur. Peut-être qu’il a été impliqué dans le coté business et l’aspect politique de l’entreprise pendant trop longtemps et a perdu de vue la réalité sur les utilisateurs. Son jugement et sa façon d’organiser le business sont peut-être clairs pour lui mais pas pour les utilisateurs du site. Peut-être que sa fierté l’empêche de faire une décision rationnelle car il cherche à appuyer sa position de « chef » aux autres membres de l’équipe.

Il est aussi probable que ce soit la première ou deuxième refonte de site web qu’il ai eu à encadrer, et il est également possible qu’il manque d’expérience dans l’industrie du web. Il vous a embauché vous en tant qu’expert et paye pour votre expérience dans le domaine. Vous avez passé des heures à étudier et faire des études sur les utilisateur, et vous connaissez la raison de vos décisions mieux que lui.

Survivre à la réunion

Donc, comment survivre à l’heure de réunion qui va suivre et retourner la position du directeur ?

Il est important de lui faire comprendre qu’au final, ce que l’utilisateur veut et ce qu’il veut sont la même chose. Bien préparer la réunion de signature est cruciale pour cela. Il faut que vous ayez une explication derrière chaque décision et chaque choix de design que vous avez fait. Un des meilleurs outils du consultant UX pour convaincre, est de s’appuyer sur vos études avec des phrases du type « nos tests ont montré que… » ou « notre recherche a prouvé queé. Si le projet a utilisé des tests utilisateurs, soyez prêts à montrer aux directeur des vidéos d’utilisateurs commentant le design ou utilisant bien le site. Il sera plus difficile pour lui d’argumenter le contraire après avoir vu un utilisateur utilisant sans difficulté le prototype. S’il n’est toujours pas convaincu, il peut être nécessaire de suggérer des tests utilisateurs supplémentaires, ou des tests A/B pour donner une analyse quantitative qui permettra à la meilleure solution d’être choisie.

Au final il faudra faire attention et choisir vos combats. Quelquefois, laisser le directeur sauver la face en concédant dans certains points qui causent le moins de dommage pour à la place se focaliser sur les problèmes d’utilisabilité majeurs pourra être nécessaire. Cependant, il faudra aussi savoir quand arrêter les frais. Un projet qui requiert un redesign extensif et de nombreuses itérations coûteuses peut ne pas valoir le coup. Votre réputation est basé sur le travail que vous avez créé, et il sera difficile d’expliquer à des futurs clients les gros désaccords avec un client qui ont mené aux designs dans votre portfolio. Des fois, ils vaut vraiment mieux passer à autre chose et apprendre de ses erreurs.

A se rappeler pour l’avenir

En tant que consultants, il faut souvent faire attention dans l’approche initiale. Avec une meilleur gestion du projet et de la relation, ces situations peuvent être évitées. Quelques points à prendre en compte en démarrant un project :

  • Assurez vous du soutien des décisionnaire tôt dans le projet. Mettez en avant l’importance de l’implication de ces acteurs, et les risques s’ils ne sont pas présents régulièrement – et discutez de comment éviter ces risques.
  • Incluez les décisionnaires dans les décisions importantes. Des ateliers de travail collaboratifs incluant les N+X sont souvent une très bonne façon d’obtenir l’acceptation des décisionnaires. Cela mène aussi souvent à une meilleure solution que celle que vous auriez pu proposer. Laisser les clients sentir l’importance qu’ils ont eu dans une décision est une très bonne façon d’obtenir du soutien.
  • Pour les livrables, incluez un résumé. Les gens peu disponibles seront plus enclins à lire le résumé que le document complet.
  • Obtenez souvent un accord. Si le directeur est en accord avec les personas, les tâches, les flux utilisateur et peut voir le processus, il sera plus difficile de changer du tout au tout à la fin et de refuser l’ensemble.

Vu le coté qualitatif du travail, le rôle du consultant en ergonomie n’est pas évident. Assurez vous de l’accord régulier, expliquez le process et travaillez de près avec les clients pour assurer le succès de vos projets.

Traduit librement de cet article (en) : http://www.uxbooth.com/blog/finding-the-balance-users-needs-vs-clients-wants/

Posté le par Yannick d'Appili dans Expérience utilisateur 2 commentaires

Pourquoi leMonde.fr se moque des conventions ?

Quand on défini l’expérience utilisateur d’un site, il faut d’une manière faire attention à ne pas surprendre les utilisateurs. Quand une action entreprise par l’utilisateur donne un résultat inattendu, soit l’utilisateur pense qu’il a fait une faute, soit il pense que le site est mal fait. Un des meilleurs moyens d’éviter cela, est de respecter les conventions implicites du web. On ne le répétera jamais assez, « Les conventions sont vos amies ! ».

C’est pourquoi il y a un comportement sur le site lemonde.fr qui me paraît inexplicable. Quand on clique sur certains liens avec la molette de la souris, au lieu d’ouvrir la page dans un nouvel onglet comme sur n’importe quel site, la page s’ouvre dans l’onglet actuel.

lemonde.fr

C’est tellement éloigné du comportement normal que c’est forcément voulu de la part des responsables du site, mais je ne parviens pas à en discerner l’objectif. Ca ne rend pas les choses plus rapides, ça ne facilite en rien la navigation… La principale possibilité que je vois est que ce comportement sert à faciliter l’obtention de données statistiques sur les clics. Mais si c’est le cas, cela ressemble plus à un développement bâclé qu’autre chose. (edit suite aux commentaires : le problème ne se produit que sous Chrome, ce qui me fait penser à un test pas/mal fait ou un cas pas vu.)

Plus grave, non content de casser le comportement normal du navigateur, ce comportement est inconsistant suivant les liens : sur la page d’accueil, apparemment seuls certains liens ont ce comportement. A ce que je peux en discerner, il s’agit avant tout des liens situés avant les rubriques.

Sur les sites de contenus, j’ai l’habitude d’ouvrir dans des onglets les articles que je veux lire en scannant la page d’accueil, puis une fois la page d’accueil parcourue lire les articles. Cela fait qu’en tant qu’utilisateur, ce comportement me gêne pour 2 raisons :
- La première est que cela m’empêche de « mettre de côté » les articles comme je le fais habituellement
- La seconde est que, malgré le temps que je passe sur ce site, je ne m’y habitue pas. Et régulièrement, je me retrouve sur une page à me demander ce qu’elle fout là…

C’est vraiment dommage. Le site du Monde est un des sites les plus fréquentés du web francophone et de par ce fait une vrai référence, et pas seulement en tant que site d’information. Cela sera aussi un site utilisé comme exemple pour le développement d’autres sites. Si je peux comprendre l’ajout de publicité pour un site qui propose du contenu (de qualité) gratuitement, je ne m’explique pas cette dégradation délibérée de l’expérience utilisateur.

Posté le par Yannick d'Appili dans Expérience utilisateur 6 commentaires

Les 3 points importants du Wording sur vos sites web

Le wording, c’est l’ensemble de termes et formulations qui seront utilisés sur un site. C’est notamment ce qui va déterminer le texte des liens  et boutons.

Le wording est un des aspects les plus importants de l’ergonomie, mais aussi l’un des plus facilement oublié. Il est vrai qu’on se concentre beaucoup plus facilement sur le design, le point le plus « sexy » d’un site web, et que les formulations proposées par le designer sont souvent reprises sans se poser de question. Les « lorem ipsum » sont géré plus tard par le webmaster, et voilà.

C’est bien sûr une erreur. Le wording est fondamental car c’est par les mots écrits que le message du site web passe. Bien sûr, choisir la bonne couleur et la bonne icône pour un lien ou un bouton, cela aide à la compréhension. Mais c’est avant tout le texte qui permet à l’utilisateur d’être sûr qu’il entreprend la bonne action.

Le wording devrait donc être réfléchit parallèlement au reste de l’ergonomie, et être vu comme une action à part entière dans la création d’un site web. Comment obtenir le wording le plus ergonomique ?

Soyez concis, mais explicite

Un trop gros bloc de texte est facilement sauté. Pour les informations les plus importantes, les actions les plus rentables, c’est un risque qu’on ne peut pas prendre. Pour éviter cela, il est important de rester concis. « Témoignages » voire « Témoignages client » sera plus intéressant que « Ce que disent de nous nos client ».

Attention à rester explicite. L’utilisateur doit avant tout savoir à quoi s’attendre en entreprenant une action.

Soyez en adéquation avec le reste du site

Les mots doivent convenir au public visés. Sur un site parlant au jeunes, mieux vaut tutoyer l’utilisateur par exemple. Sur un site technique, il ne faut pas hésiter à utiliser du vocabulaire poussée.

Le wording doit aussi convenir au design du site : certains mots familiers sont à éviter si le design projette une image de luxe, et inversement, si l’on veut avoir l’air pas cher, des mots d’un registre trop élevé auront un mauvais résultat.

Soyez consistant à travers tout le site

Surtout, sur l’ensemble du site, les mêmes actions doivent avoir la même formulation,  et les mêmes formulations doivent donner les mêmes actions. Si à un endroit du site, le bouton du moteur de recherche est « Rechercher » et à un autre « Trouver des produits », l’utilisateur est en droit de se demander si cela revient au même. Dans les cas extrèmes, on court alors le risque que l’utilisateur soit confus et reviennent en arrière, voir ait l’impression de ne pas avancer vers son objectif et abandonne.

Le site doit aussi être consistant avec les habitudes générales sur internet : « Mon compte » est la formulation la plus courante pour l’accès d’un utilisateur à ses propres pages ou informations. Il vaut mieux éviter d’autres formulations du genre : « Mon espace », « Mon projet », etc.

Posté le par Yannick d'Appili dans Ergonomie des sites web 3 commentaires

Comparaison des principales méthodes d’évaluation de sites Web

A la suite d’articles, qui commençaient à sentir un peu la poussière (Jeffries en 1991 et Nielsen en 1994), une nouvelle étude très intéressante vient de paraître sur la comparaison entre test utilisateur et audit ergonomique.

Evaluation sites Web

Appili vous traduit l’étude en question et vous la résume même au passage afin de déterminer la meilleure méthode pour une évaluation de votre site Web.

Définition

Les méthodes les plus utilisées pour l’évaluation de sites Web sont le test utilisateur et l’audit ergonomique. Petit rappel succinct.

Le test utilisateur est une méthode plaçant un utilisateur dans l’utilisation réelle qu’il pourrait en avoir. L’utilisateur doit suivre des scénarios d’utilisation semblable à des tâches typiques d’un utilisateur.

Quant à l’audit ergonomique, il se base sur une des méthodes d’inspection de l’interface réalisées par des experts en ergonomie informatique.

Le protocole

En résumé ci-dessous, le protocol mise en place pour cette étude visant à comparer les méthodes d’évaluation de sites Web.

L’expérience est réalisée en comparant 4 sites e-commerce :
- « 2 mauvais sites » en cours de développement
- « 2 bons sites » déjà finalisés

Deux groupes distincs classés suivant la méthodologie employée :
- 12 utilisateurs non geeks (utilisations limitées d’Internet) en ce qui concerne les tests utilisateurs
- 9 évaluateurs experts diplômés en ergonomie informatique en ce qui concerne les audits ergonomiques

Audit ergonomique

Les problèmes d’utilisabilité sont regroupés en 7 catégories
- Navigation
- Compatibilité
- Contenu de l’information
- Structure du site
- Disponibilité d’outils
- Sensation visuel et ressenti
- Sécurité et confidentialité

Les résultats

Le test utilisateur donne les mêmes résultats que l’audit ergonomique, à part pour les problèmes de compatibilité et de sécurité/confidentialité où l’audit ergonomique détecte plus de problèmes.

Le test utilisateur est moins performant dans les « mauvais sites » que dans les « bons sites », alors que pour l’audit ergonomique les résultats sont similaires.

Peu de problèmes d’utilisabilité trouvés en commun (moins de 10% en moyenne), les deux méthodes détectant des problèmes différents.

Conclusion

La conclusion de l’auteur est que les deux méthodes d’évaluation de sites Web sont complémentaires et donc tous les deux nécessaires pour améliorer l’ergonomie d’un site. La raison principale évoquée étant que ces deux approches permettent de déterminer des problèmes différents.

Source

Which is a Better Method of Web Evaluation? A Comparison of User Testing and Heuristic Evaluation

Posté le par Florian d'Appili dans Tests utilisateurs 2 commentaires